Ou il est, encore, prouvé que les garde-fous peuvent être tournés.

Nous avions eu il ya quelques mois un bel et beau scandale financier a propos d’un trader. Difficile de se faire une opinion sur cette affaire de 5 milliards d’euros avec un opérateur qui dépasse semble-t-il ses limites autorisées mais qui expliquerait qu’on ne lui aurait jamais fait signé d’engagement en ce sens, qui assure que sa hiérarchie était forcément au courant et sa hiérarchie qui affirme avoir été abusée.
Tromperies, problèmes de compétences ? Je ne rentrerai pas dans ce débat.
Je me situerai juste sur un plan éthique. Un opérateur des marchés financiers qui maquille ses positions et ne dit pas clairement à sa hiérarchie quels risques il a pris et quelles sont ses positions est un voyou.
Il triche. Dans un domaine ou les pertes peuvent être très rapides et énormes. Donc mettre en danger la survie de l’entreprise. Rappeler vous l’affaire Nick Leeson. L’institution a du se brader au premier venu. Les salariés, non responsables mais licenciés, ont du apprécier.
Aucune justification n’est acceptable. Je récuse l’argument de la personne broyée et victime du système. C’est un professionnel. Dans toute autre profession, un manquement aux règles est sanctionné.
Mais tout ceci n’était que broutilles.
Il y avait mieux et plus simple: l’escroquerie de la Pyramide.
Je collecte de l’argent auprès d’investisseurs, puis j’en collecte encore. Avec l’argent des seconds je verse des intérêts aux premiers et je recommence sans fin. Roulez jeunesse.
Simple et efficace. Je me fais payer en commission et non en pourcentage pour ne pas avoir de comptes à rendre sur ma gestion et le tour est joué.
Sauf que “Pourvou qué ça doure” comme disait Létitia Bonaparte.
- Et c’est là le premier choc de l’affaire: cela ne dure jamais !
Le système étant fondé sur la confiance, tout marche tant que seule une frange très marginale retire ses fonds. Les escrocs qui pratiquent cela à la petite semaine partent s’exiler un beau jour avec la caisse dans un pays qui ne pratique pas l’extradition. C’est en général de cette façon que le pot aux roses est découvert.
Mais quand il y a perte de confiance, il y a retrait massif…. et tout s’écroule.
Comme un homme de marché pouvait penser que cela durerait toujours, qu’il n’y aurait pas une crise un jour ?
- Deuxième choc: comment un ancien patron, reconnu et respecté du marché électronique Nasdaq a-t-il pu monter un magouille aussi minable. Excusez moi je suis un grand naif.
- Troisième choc : les montants en jeu. L’estimation des pertes porte sur 50 milliards de dollars…à l’heure actuelle… Pour mémoire le plan Paulson d’aide aux banques est de 700 millions. Les pertes représenteraient donc 7% du dit plan.
L’agence Bloomberg a déjà répertorié environ 25 milliard de dollars de pertes avérées. Le décompte n’est pas fini. Les banques européennes ont déclarées pour le moment près de 8 milliard de USD.
Les fonds ont reconnus 2.6 milliard, les particuliers aux EU, 1.3 milliard et les fondations caritatives : 5.6 milliards. Certaines ont déjà fait faillite et certaines ne s’en relèveront pas. Les œuvres sociales américaines (aides aux hôpitaux, aux universités, etc…) vont beaucoup souffrir. Cela aura de lourdes répercussions sur la société américaine.
Rien pour les banques américaines en revanche…. Bizarre, bizarre… Quelles mauvaises surprises nous attendent ? Et combien de perte encore à venir ?
- Dernier choc : l’aveuglement des autorités de tutelle ! Et pourtant il semble que les signaux n’ont pas manqué de la part d’organismes qui ont tiré la sonnette d’alarme. Comment la SEC n’a-t-elle rien vu ? Et comment espère-t-elle passer cette tempête ? Voila encore un dossier brulant pour le nouveau président. Mais pas que lui. Sommes nous à l’abri en Europe ? A quand une SEC européenne, coordonnant les divers organes de contrôle nationaux ?
Mais les règlementation ne font pas tout. Elles sont nombreuses, parfois tatillonnes. Je crois plus à l’autorégulation et la mise ne place d’une véritable gouvernance d’entreprise telles que celle pratiquée par Riskmetrics, institution indépendante (connue jusqu’en 2007 sous le nom de
Institutional Shareholder Services).
Hélas, trois fois hélas. La finance n’avait pas besoin de cette histoire sordide.
Déjà le ressentiment aux EU était fort vis à vis de Wall Street accusé d’avoir été la cause de la crise financière. Les financiers avaient créés des outils très sophistiqués, incontrôlables, déconnectés de la réalité pour engranger un maximum de profits. L’opprobre s’est ensuite étendu à l’ensemble de la profession bancaire qui a fermé le robinet du crédit.
J’avais déjà entendu lors de la faillite de Lehman des raisonnements primaires du style “c’est bien fait pour eux, ils s’en sont mis plein les poches”, ou l’on confondait allègrement les dirigeants ou les mieux payés de l’entreprise et les salariés de base. En oubliant au passage la responsabilité des administrations, des politiques et de tout l’environnement qui avait profité jusque là à plein de la croissance de la bulle financière.
Mais cette fois-ci on en rajoute une couche. De” tous profiteurs”, on va passer à “tous pourris”. Et pourtant nous avons besoin d’un système financier fluide et bien régulé pour financer la croissance.
Certains ont comparé le scandale actuel avec la banqueroute de Law en 1720 en France. Je trouve la comparaison pertinente. Rappelons que nous avons mis plusieurs siècles à surmonter notre aversion aux marchés financiers.
La confiance sera longue et dure à rétablir.
Je ne vous remercie pas monsieur Madoff.